Etouffé par le coeur
Environné de toi
Et l'amoncellement
De tes raisons
La terre se dilue
L'illusoire la boucle
Les visages sont clos
A l'endroit où la pluie
T'irisait le visage
L'aigu s'est abattu
Aller te secourir
Jaillit de mes raisons
Jean-Louis Depierris
Extrait de Quand le mauve se plisse, 1969
mercredi 19 août 2009
Après tant de fureur
Après tant de fureur
Je consacre ton nom
Quand je viens de la nuit
Pour renouer l'histoire
Et briser mes ravages
Aux lettres de ton nom
Quand je sauve le feu
Pour enfanter l'orage
Où fulmine ton nom
Quand m'est rendu le sol
Pour m'arracher au vent
Quand les eaux
Noircissent le silence
Des âmes laissées veuves
Aux ruines des paroles
Arrive enfin
Fracassant les forêts
Enfièvre de ton sang
Les flancs de la folie
La neige se souvient
Du regard de ma nuit
L'imprévu de ton nom
Enténèbre le fer
Tu portes une fourrure
Pour engloutir le vent
Quand je chassais la meute
Tu triomphais du nombre
L'hiver est ta dépouille
J'y flambe mes sarcasmes
Quand la nuit t'a forcée
J'ai ancré mon errance
Au spasme de ton nom.
Jean-Louis Depierris
Après tant de fureur, 1975
Le Poète
Je publie trois textes de mon poète préféré, Jean-Louis Depierris.
Pour moi c'est "le" poète. Je l'aimais tant, et il nous a quittés.
On ne trouve plus ses livres, et c'est très grand dommage.
Il fallait que tu sois
Le pays le plus beau
L'élancement du jour
M'arrachent à la mort
Il fallait que tu sois
O plus belle et charnelle
Qu'une eau saoûle de mort
Il fallait que tu sois
Car pavoisé de froid
Calciné de rocaille
Et m'abîmant du flanc
Je criais l'ombre nue
Où s'acharne le vent
Il fallait que tu sois
Car désormais mon sang
Paysage rocheux
A dévasté la mort
Et je nomme vendange
La table du désert
Et je te couche Belle
Sur cette aridité
Et Belle je t'enserre
Dans ma terre d'amour
Jean-Louis Depierris
Extrait de Naufragé du Bestiaire, 1957
Perte de contact
Quelqu'un qui m'est cher et très proche est en train de perdre le sens de la réalité. Du moins j'en ai l'impression. Et cela me fait de la peine, beaucoup de peine. Je ne parle pas de sénilité. Non, je parle d'un homme qui conserve toutes ses "facultés", comme il est admis de dire, mais qui en même temps vit dans un univers qui n'est plus le vôtre.
C'est absolument terrible d'être le témoin impuissant de ce que je considère comme une véritable descente aux enfers, sous la forme d'un enfermement croissant en soi-même et en ses certitudes, violemment et autoritairement réitérées chaque fois que cela est possible et à tout propos. J'ai en même temps maintenant une sorte de conscience que cette descente aux enfers a commencé depuis longtemps, très longtemps. A tel point que je me demande parfois si elle n'était pas inscrite en lui. Depuis le "début". Est-ce là donc un effet de caractère ?
En même temps, comment accepter un tel déterminisme, quand on le voit relié aussi aux cassures, déchirements, ravalements entraînés par des évènements extérieurs majeurs, forcément traumatisants, qui dépassent largement l'individu ? On ne peut alors s'empêcher de se dire que les choses auraient pu être différentes.
Mais le résultat est le même. La personne que vous connaissez depuis si longtemps n'est plus "la même" ; c'est curieux, on en prend conscience tout d'un coup, brutalement, en même temps que l'on se rend a posteriori compte qu'il s'agit en fait d'un long processus, pas d'un brusque changement. Je trouve ce paradoxe très dur à vivre, presque insupportable, cela m'attriste à un point incommensurable.
Et que faire ? Que faire face à celui qui tout d'un coup peut se révéler une sorte d'inconnu, quelqu'un à qui vous n'avez plus vraiment "accès", avec qui vous ne pouvez plus échanger, partager, rien, c'est loin, c'est très loin tout cela ; en a t-il encore le souvenir ?
Quel désespoir.
samedi 15 août 2009
Jeanne de retour
J'ai vu et revu "The Reader" au cinéma. Ce film m'a bouleversée, comme je ne cesse de le clamer à qui veut l'entendre... Quelle force.
C'est un film qui force à la méditation, une longue, incessante méditation. Car c'est une méditation fondamentale, humaine au sens le plus banal du terme philosophique, celle du sens. Qu'est-ce qui fait le sens d'une vie ? Qu'est-ce qui fait le sens de toutes les vies ?
Y a t-il un sens ? Peut-on apprendre des autres, de l'histoire, de l'expérience ?
Peut-on apprendre de sa propre expérience ? Et cela sert-il à quelque chose ?
Ce film est pessimiste. Qu'est-ce que la vie ? Un immense fleuve qui charrie tant de puanteurs et tant de parfums à la fois...
Le film aborde sans concessions et en même temps sans lourdeurs le sentiment amoureux dans cette course ou cette marche vers la mort, que nous faisons tous, bon gré mal gré, à notre manière ou à celle des autres... L'amour rédempteur, l'amour joyeux et porteur de vie, mais aussi l'amour destructeur et mortifère.
C'est tragique, c'est absurde, c'est beau, c'est pitoyable, comme la vie, comme nous...
J'aimerais bien avoir le sentiment de ceux qui ont vu ce film.
C'est un film qui force à la méditation, une longue, incessante méditation. Car c'est une méditation fondamentale, humaine au sens le plus banal du terme philosophique, celle du sens. Qu'est-ce qui fait le sens d'une vie ? Qu'est-ce qui fait le sens de toutes les vies ?
Y a t-il un sens ? Peut-on apprendre des autres, de l'histoire, de l'expérience ?
Peut-on apprendre de sa propre expérience ? Et cela sert-il à quelque chose ?
Ce film est pessimiste. Qu'est-ce que la vie ? Un immense fleuve qui charrie tant de puanteurs et tant de parfums à la fois...
Le film aborde sans concessions et en même temps sans lourdeurs le sentiment amoureux dans cette course ou cette marche vers la mort, que nous faisons tous, bon gré mal gré, à notre manière ou à celle des autres... L'amour rédempteur, l'amour joyeux et porteur de vie, mais aussi l'amour destructeur et mortifère.
C'est tragique, c'est absurde, c'est beau, c'est pitoyable, comme la vie, comme nous...
J'aimerais bien avoir le sentiment de ceux qui ont vu ce film.
samedi 23 mai 2009
Conflits et volonté de puissance, éternité de la nature humaine
Je profite ici du message que m'a envoyé Claudine Citron en réaction au texte posté précédemment, "Conflits et puissance". Cela me permet d'approfondir ma pensée, en lui répondant. Merci Claudine, pour cette réaction.
J'augmente aussi la taille de la police et la couleur du texte car on m'a fait remarquer que les textes n'étaient pas bien lisibles.
Nous parlions de conflits : il est exact qu'il existe d'autres rapports entre les êtres, Dieu merci, mais il semble que celui-là soit quelque peu "dominant", justement...
Je ne doute pas du fait que le citoyen soit capable de s'exprimer, quand il le veut et quand il le peut, quand on lui en laisse la possibilité, mais je crois qu'il serait naïf de penser que ce que nous donnent à voir tous ces citoyens qui s'expriment, justement, sont les besoins fondamentaux dont vous parlez (manger, boire, dormir, aimer...).
Parler de "déviance", comme vous le faites, en matière de désir d'appartenance, de désir de possession, de propriété, d'expression de son identité contre celle des autres, c'est un peu comme dire que l'expression de l'inconscient est une déviance. Et puis une déviance par rapport à quoi ? ...
Vous dites aussi que chaque être de la planète pourrait avoir accès à ce que vous définissez d'autorité comme les besoins fondamentaux de chacun et de chacune, si "nous" le décidions. Qui est ce Nous ? Vous, votre groupe d'appartenance ? Une sorte de groupe de décideurs idéal et juste ?... Mais idéal et juste pour qui ? Pourquoi serait-il le mieux fondé à décider qu'un autre ?
J'espère que vous n'êtes pas choquée par mes réflexions, mais je me fais en quelque sorte l'avocat du Diable, pour montrer que rien n'est simple, rien ne peut être réduit à des pensées sans arrières-pensées, en particulier dans un conflit de la nature de celui qui oppose Israël et les Palestiniens. Mais on pourrait donner des centaines d'autres exemples. Toutes les revendications et raisons, explications, pommes de discorde d'un conflit, interne ou international, plongent le plus souvent dans des circonstances et dans un passé à la fois immémoriaux et très récents, très douloureux, souvent inventés ou purement "construits" (comme on dit aujourd'hui à l'université...), certes, mais néanmoins auquel chacun de son côté croit dur comme fer, et pour lesquels il ou elle est prêt à se battre à mort, à sacrifier sa vie ou celle de ses enfants, etc. C'est cela, le fondement de l'existence et de l'action, aussi. Je crois qu'il ne faut jamais l'oublier, et nous n'avons qu'à remonter le temps et la littérature, de tous les temps et de tous les lieux, pour nous rafraîchir la mémoire... Hélas.
J'augmente aussi la taille de la police et la couleur du texte car on m'a fait remarquer que les textes n'étaient pas bien lisibles.
Nous parlions de conflits : il est exact qu'il existe d'autres rapports entre les êtres, Dieu merci, mais il semble que celui-là soit quelque peu "dominant", justement...
Je ne doute pas du fait que le citoyen soit capable de s'exprimer, quand il le veut et quand il le peut, quand on lui en laisse la possibilité, mais je crois qu'il serait naïf de penser que ce que nous donnent à voir tous ces citoyens qui s'expriment, justement, sont les besoins fondamentaux dont vous parlez (manger, boire, dormir, aimer...).
Parler de "déviance", comme vous le faites, en matière de désir d'appartenance, de désir de possession, de propriété, d'expression de son identité contre celle des autres, c'est un peu comme dire que l'expression de l'inconscient est une déviance. Et puis une déviance par rapport à quoi ? ...
Vous dites aussi que chaque être de la planète pourrait avoir accès à ce que vous définissez d'autorité comme les besoins fondamentaux de chacun et de chacune, si "nous" le décidions. Qui est ce Nous ? Vous, votre groupe d'appartenance ? Une sorte de groupe de décideurs idéal et juste ?... Mais idéal et juste pour qui ? Pourquoi serait-il le mieux fondé à décider qu'un autre ?
J'espère que vous n'êtes pas choquée par mes réflexions, mais je me fais en quelque sorte l'avocat du Diable, pour montrer que rien n'est simple, rien ne peut être réduit à des pensées sans arrières-pensées, en particulier dans un conflit de la nature de celui qui oppose Israël et les Palestiniens. Mais on pourrait donner des centaines d'autres exemples. Toutes les revendications et raisons, explications, pommes de discorde d'un conflit, interne ou international, plongent le plus souvent dans des circonstances et dans un passé à la fois immémoriaux et très récents, très douloureux, souvent inventés ou purement "construits" (comme on dit aujourd'hui à l'université...), certes, mais néanmoins auquel chacun de son côté croit dur comme fer, et pour lesquels il ou elle est prêt à se battre à mort, à sacrifier sa vie ou celle de ses enfants, etc. C'est cela, le fondement de l'existence et de l'action, aussi. Je crois qu'il ne faut jamais l'oublier, et nous n'avons qu'à remonter le temps et la littérature, de tous les temps et de tous les lieux, pour nous rafraîchir la mémoire... Hélas.
dimanche 17 mai 2009
Conflits et puissance
En réponse à la question de Castor, sur la mémoire et les leçons des choses jamais utilisées, je reviendrai à ma perspective globale : je crois que le problème est "quelles leçons ? quelles mémoires ? Et dans quel but ?".
Comme je le disais il y a quelques jours, tout est une question de point de vue. Si je veux dominer dans le jeu international, je retiens les leçons que j'estime bonnes en l'occurrence. Malheureusement pour certains, ou heureusement pour d'autres, ce n'est pas le citoyen "tranquille" qui fait le jeu, et ce n'est pas sa mémoire qui influence le jeu politique. Et même si c'était vrai, il y a tellement de mémoires et de leçons tirées qui n'ont rien à voir les unes avec les autres !
J'ai écrit il y a quelques mois un texte sur "du général et du particulier". C'est une question cruciale : nous sommes tous des individus, des êtres humains, aux préoccupations somme toute largement semblables, nous avons une famille, des enfants, des loisirs, nous aimons, nous détestons, nous avons nos passions etc. Mais nous avons aussi des groupes d'appartenance. Aucun être n'existe tout seul. Il fait partie d'un ou de plusieurs groupes sociaux. Et certains groupes, (le plus souvent un seul, la nation ou le groupe ethnique), est son groupe identitaire politique. Ceci signifie qu'au moment crucial, quand celui qu'il considère comme son groupe, va être confronté au conflit avec un autre groupe qui le menace, il va devoir choisir. La plupart d'entre nous, contrairement à ce que nous croyons, n'aura aucune peine à faire ce choix.
Et là, l'homme ou la femme tranquille qui vivait en bonne intelligence avec ses voisins et tout un chacun, qui n'avait jamais fait de mal à une mouche, va peut-être devenir un tueur, pour la défense de l'existence de son groupe, c'est à dire de son identité sociale, sa façon de vivre, sa façon de percevoir la vie ensemble et leur respect.
Je suis une réaliste, je ne crois pas à une réforme possible de la nature humaine dans le sens de la paix universelle et de la régulation mondiale, "à chacun selon ses besoins". Car si on s'en tient là, qui va déterminer les besoins de chacun ? Sur quelle base ? Les besoins des uns interfèrent nécessairement avec ceux des autres : "je veux cette femme et toi aussi, je veux cette terre et toi aussi, et qui va dire que tu as raison contre moi ? Et pourquoi l'accepterais-je, si tu es moins fort que moi et ne peux me l'imposer ? Je dis que suis dans mon droit, tu penses le contraire mais tu n'y peux rien. Tout ce que je dois faire, c'est me donner les moyens de le faire prévaloir contre toi". C'est cela, la puissance.
samedi 16 mai 2009
Importance de la perception globale des conflits
J'ai trouvé un message de Jigé sur mon blog où je n'avais pas reparu c'est vrai depuis plusieurs semaines. J'ai des tas d'ennuis de toutes sortes et j'ai eu tendance à négliger un peu non pas la réflexion, mais la communication de celle-ci. J'ai bien aimé le commentaire, même si apparemment c'est le même pour d'autres, et les sujets abordés sur son blog sont tellement variés que l'on a envie de discuter de tout. En tous cas c'est mon cas !En ce qui concerne le conflit israélo-palestinien j'ai un certain nombre de choses à dire qui pourront paraître discordantes, mais il est vrai que j'étudie les conflits depuis longtemps (c'est ma profession) et j'ai appris à essayer de me dégager des idées qui flottent dans le monde, de me concentrer sur quelques idées réalistes, même si elles peuvent heurter, tout en restant bien sûr modeste. Comme Jigé le dit si bien, personne n'a la science infuse et la politique est la plupart du temps une question de point de vue. Ici je vais me placer d'un point de vue "global", c'est à dire celui du système international. Je crois que ce que je pourrais ajouter à ce débat serait tout d'abord que la question de "qui a commencé" est un faux-débat. Elle permet seulement aux uns et aux autres de se renvoyer la balle et de former des camps pour ou contre. L'important est la situation actuelle, c'est à dire les acteurs en présence, leurs volonté d'exister ou pas, et à quel prix. Je pense que le système international est un monde où chacun doit se débrouiller tout seul, et surtout sans tenir compte de considérations de morale : car celles-ci changent tout le temps ! Celui qui avait tort hier est aujourd'hui un héros pour la majorité, pour diverses raisons. Mais en général on détermine les bons et les méchants en fonction de ce qui nous arrange. Israël est une nation très ancienne qui estime qu'il a droit à un Etat et à la sécurité. Pour l'instant, il est capable de les faire respecter. Les Palestiniens disent aussi qu'ils veulent un Etat, et la paix. Mais que font-ils pour cela ? Se mobilisent-ils vraiment dans ce but ?Un Etat doit s'appuyer sur un sentiment national, distinct de la religion. Un Etat doit être capable d'assurer sa sécurité et le bien-être de ses habitants. Est-ce le cas pour les Palestiniens ? Voilà les vraies questions.Peu nous importe qui a commencé, qui a raison ou qui a tort. La morale n'a pas cours dans les relations internationales : c'est un jeu d'échecs permanent, qui se reconfigure sans cesse, selon les mouvements et les contre-mouvements des uns et des autres. Pour prétendre jouer sur l'échiquier, il faut avoir une conscience claire de son unité, de ses objectifs, de sa stratégie. Il faut se prendre en mains et pouvoir s'imposer comme un interlocuteur sérieux. Il y a eu des conflits, meurtriers, depuis que le monde est monde, et il y en aura toujours. L'homme est essentiellement conflictuel, il est animé par la volonté de puissance, que ce soit au niveau individuel ou collectif. L'important, du point de vue global, c'est d'exister. Et malheureusement, l'histoire nous apprend que beaucoup d'humains et de groupes d'humains ne conçoivent leur existence qu'au détriment de celle des autres, dont l'existence même les menace (ou en tous cas c'est ce qu'ils perçoivent).Voilà ce que j'avais à dire ce soir.
dimanche 10 mai 2009
Etat de choc
Aujourd'hui, comme depuis plusieurs jours, je suis en état de choc. Je ne crois plus à tout ce que j'ai cru depuis des années. Alors que je l'avais été si longtemps, je ne suis plus sûre du chemin. Je ne sais où je vais ni pourquoi.
"Prends la vie à bras le corps", me dit-on. Oui, je veux bien, mais quoi prendre ? Pourquoi ?
"Ressaisis toi et sois heureuse", "bats toi", "beaucoup de gens ont besoin de toi et t'aiment". C'est curieux je n'arrive pas à le croire. Même mes enfants, que j'aime à l'infini, me semblent s'éloigner dans un brouillard de larmes.
La seule chose en laquelle j'ai vraiment jamais cru, c'est qu'il m'aimait. Il me l'a tellement répété, sous toutes les formes, que j'ai fini par y croire. Et ce n'était pas vrai. Je le sais, maintenant. D'où le choc. Je suis comme figée, tétanisée. Je croyais que j'étais celle qu'il aimait. Je ne suis donc plus rien.
Je joue beaucoup. Aux jeux de massacre. Mais je n'arrive pas à finir l'un des jeux. C'est drôle, j'ai l'impression que cette dernière épreuve signera ma libération. Mais je suis dessus depuis des mois et cela m'échappe. Que faire ? J'ai l'impression d'être en morceaux, déconnectés les uns des autres.
C'est tellement banal tout cela, bien sûr. Mais cela n'en fait pas moins mal.
Je veux oublier. Je n'ai plus faim. J'ai très soif. Mon esprit se détache et s'embrume à la fois.
Demain je publierai un poème de mon poète préféré. Je l'aimais tant et il est mort si brutalement. Il n'est pas très connu. On ne trouve plus ses livres. Alors je vais donner certaines choses. Dans mon état d'esprit, il n'y a plus que la poésie qui puisse se dire et s'entendre.
"Prends la vie à bras le corps", me dit-on. Oui, je veux bien, mais quoi prendre ? Pourquoi ?
"Ressaisis toi et sois heureuse", "bats toi", "beaucoup de gens ont besoin de toi et t'aiment". C'est curieux je n'arrive pas à le croire. Même mes enfants, que j'aime à l'infini, me semblent s'éloigner dans un brouillard de larmes.
La seule chose en laquelle j'ai vraiment jamais cru, c'est qu'il m'aimait. Il me l'a tellement répété, sous toutes les formes, que j'ai fini par y croire. Et ce n'était pas vrai. Je le sais, maintenant. D'où le choc. Je suis comme figée, tétanisée. Je croyais que j'étais celle qu'il aimait. Je ne suis donc plus rien.
Je joue beaucoup. Aux jeux de massacre. Mais je n'arrive pas à finir l'un des jeux. C'est drôle, j'ai l'impression que cette dernière épreuve signera ma libération. Mais je suis dessus depuis des mois et cela m'échappe. Que faire ? J'ai l'impression d'être en morceaux, déconnectés les uns des autres.
C'est tellement banal tout cela, bien sûr. Mais cela n'en fait pas moins mal.
Je veux oublier. Je n'ai plus faim. J'ai très soif. Mon esprit se détache et s'embrume à la fois.
Demain je publierai un poème de mon poète préféré. Je l'aimais tant et il est mort si brutalement. Il n'est pas très connu. On ne trouve plus ses livres. Alors je vais donner certaines choses. Dans mon état d'esprit, il n'y a plus que la poésie qui puisse se dire et s'entendre.
samedi 31 janvier 2009
Les mondes de la musique
Ce soir je suis allée à un concert de musique iranienne. C'était très beau, mais pour la première fois je suis arrivée à analyser l'un des caractères essentiels de cette musique, comme de la musique orientale en général, celle que j'ai entendue du moins : il s'agit d'une musique profondément terrestre, absolument "naturelle", et elle s'oppose en ce sens à mon avis à la musique occidentale qui m'a toujours semblé chanter la nostalgie de l'Etre, certains diraient du Divin. Que l'on écoute Bach, Mozart, Beethoven, Haydn, Vivaldi, Chopin, Rachmaninov... l'émoi ressenti est de l'ordre de la métaphysique.
Il y a là ce que certains peuvent ressentir comme un paradoxe, étant donné l'évolution de nos deux "civilisations" et leurs caractéristiques aujourd'hui revendiquées.
Mais ce n'est je crois qu'un paradoxe apparent et en tous cas conjoncturel.
Mais ce n'est je crois qu'un paradoxe apparent et en tous cas conjoncturel.
La musique ancienne que j'ai entendu ce soir chantait le souffle du vent, le bruit de l'eau qui coule, l'oiseau qui chante le soir ou roucoule le matin, l'amour et le désir de l'homme pour sa bien aimée, l'épanouissement des fleurs et des plantes parfumées... mais aussi la fatigue et la vieillesse des os, le soleil qui tape dans le désert, le sable qui coule entre les doigts...
Cet éternel recommencement est le contraire de l'angoisse de la mort qui nous étreint, nous occidentaux, lorsque nous écoutons notre musique.
Et pourtant il y a Bach qui a poussé jusqu'à son extrême cette mathématique qu'est la musique. Mais il l'a mêlée si merveilleusement avec la nostalgie de l'Etre qui fait le génie de l'art de l'harmonie qu'il nous fait approcher peut-être encore plus que d'autres ce sentiment métaphysique.
Oui, nous pouvons nous écouter et nous apprécier, nous admirer, mais pouvons nous nous comprendre ?
Cet éternel recommencement est le contraire de l'angoisse de la mort qui nous étreint, nous occidentaux, lorsque nous écoutons notre musique.
Et pourtant il y a Bach qui a poussé jusqu'à son extrême cette mathématique qu'est la musique. Mais il l'a mêlée si merveilleusement avec la nostalgie de l'Etre qui fait le génie de l'art de l'harmonie qu'il nous fait approcher peut-être encore plus que d'autres ce sentiment métaphysique.
Oui, nous pouvons nous écouter et nous apprécier, nous admirer, mais pouvons nous nous comprendre ?
mardi 27 janvier 2009
Survivre
Avant-hier je me suis trompée de route pour rentrer chez moi. Cela s'est avéré une chance, comme un signe : je suis arrivée à Golfech, que je n'avais jamais vu de près, ni de jour ni de nuit. C'est, lorsque l'on arrive par la route qui vient d'Agen, un paysage fantastique, au sens littéraire du mot. On débouche, au détour d'une route isolée, sur ces immenses cafetières fumantes, géantes, tout est silencieux, et les lumières, qui sont là pour vous rassurer, vous angoissent. Trop de lumière, comme dans un roman de Wells ou de Barjavel. J'y suis parvenue sous un ciel orageux, noir et orangé, plein de menaces, et j'avais le sentiment de cheminer dans un tableau, dans un film sans personnages et sans réalité, seule comme le cosmonaute qui arrive sur une planète inconnue et hostile, qui lui impose le silence par la majesté écrasante de son existence cosmique, solitaire, et inhumaine.
Quel étrange moment ! Il n'avait rien de politique, ni de psychologique, rien de social, tous niveaux d'analyse que j'ai l'habitude d'utiliser pour essayer de rendre compte de ce que je vis. Non, c'était un sentiment mélangé de métaphysique et de littérature, un long frissonnement à la fois d'inquiétude et d'esthétique.
C'est je crois en partie pourquoi j'ai réfréné mon impulsion, à trois reprises ensuite, de me jeter en voiture à pleine puissance, sur la barrière de sécurité de l'autoroute. Voir Golfech et mourir, non, cela ne sonne pas bien en littérature ni sur une épitaphe. Et moi, je suis une littéraire.
Quel étrange moment ! Il n'avait rien de politique, ni de psychologique, rien de social, tous niveaux d'analyse que j'ai l'habitude d'utiliser pour essayer de rendre compte de ce que je vis. Non, c'était un sentiment mélangé de métaphysique et de littérature, un long frissonnement à la fois d'inquiétude et d'esthétique.
C'est je crois en partie pourquoi j'ai réfréné mon impulsion, à trois reprises ensuite, de me jeter en voiture à pleine puissance, sur la barrière de sécurité de l'autoroute. Voir Golfech et mourir, non, cela ne sonne pas bien en littérature ni sur une épitaphe. Et moi, je suis une littéraire.
mercredi 7 janvier 2009
Le Destin
Un "bon" jour, ici. Neigeux, donc calme, une sorte d'atonie, seulement troublée par les nouvelles du dehors qui arrivent par dedans, le ventre de l'ordinateur, notre interlocuteur journalier et incontournable. Encore les contraires, les mondes parallèles ; ici il neige et il fait calme, les lumières de Noël clignotent encore, ailleurs la guerre fait rage et des hommes se battent pour leur pays, leur existence, et la nôtre aussi.
Quelle chose fascinante que la guerre... Quoi de plus révélateur de l'humanité ? J'ai regardé ce soir un documentaire sur la Wehrmahrt et l'un des anciens rescapés de la bataille de Stalingrad a dit quelque chose de très banal et de très profond à la fois : il a fait remarquer que ce n'est qu'après s'en être sorti, au contraire de dizaines de milliers de ses camarades, qu'il n'a plus jamais prononcé le mot "destin" comme avant.
On réalise quand on pense à ces moments-là, comme quand on se plonge dans le récit du feu de la bataille, que l'on ne comprend jamais rien à cette question ; à laquelle nous revenons pourtant tout le temps et qui est en fait celle du sens de notre existence. Que l'on ne peut rien y comprendre. C'est pourquoi on l'appelle le destin. Encore le choc du général et du particulier. Qu' y a t-il de plus déroutant et de plus naturel à la fois dans l'existence humaine que ce choc ? Ce qui pour le décideur, politique ou non, est stratégie, statistiques, affaire de choix, doctrine, caprice, prudence, vengeance, est pour l'individu de chair et de sang confrontation avec son "destin" : avoir mal au ventre et se vider de ses entrailles, hurler de douleur, crever de froid ou de fièvre, devenir fou du bruit d'enfer des véhicules qui passent au ras de son lit, cracher du sang de ses poumons pollués et malades, arracher sa main qui ne tient plus que par des fils, avoir peur, emmener ses hommes, et penser au corps de son amour, à sa chaleur et à son parfum.
Non, aujourd'hui, ce n'était pas ton heure, soldat ; tu chantes et elle chante ta vie et son amour. Et grâce à toi mais aussi à celui qui est mort à côté de toi, nous pouvons encore être nous-mêmes. Mais toi, que seras-tu ?
Pourquoi faisons-nous ce que nous faisons ?
Un ami m'a répété hier ce que lui avait dit un jour quelqu'un : dans l'échec, ce qui est important c'est le mode d'emploi. Je n'ai pas compris au début ce que voulait dire cette phrase, et il me l'a expliquée. Le mode d'emploi est la manière dont certains d'entre nous organisent consciencieusement leur échec, que cela soit en matière de relations amoureuses, sociales, de gestion de leur vie ou de leur bonheur... Et nous le faisons toujours de la même manière, forts de cette expérience que nous ne comprenons absolument pas, mais qui nous amène toujours à la même situation : l'échec. Car nous croyons toujours que c'est la seule solution, puisqu'elle "marche" toujours... C'est la seule que nous connaissons et que nous soyons capables d'envisager. Cette phrase est d'une profondeur incroyable. On pourrait en parler pendant des heures sans épuiser le sujet. Un bon exercice pour essayer de prendre du recul par rapport à soi-même : quel est mon mode d'emploi ?!...
Un "bon" jour, ici. Neigeux, donc calme, une sorte d'atonie, seulement troublée par les nouvelles du dehors qui arrivent par dedans, le ventre de l'ordinateur, notre interlocuteur journalier et incontournable. Encore les contraires, les mondes parallèles ; ici il neige et il fait calme, les lumières de Noël clignotent encore, ailleurs la guerre fait rage et des hommes se battent pour leur pays, leur existence, et la nôtre aussi.
Quelle chose fascinante que la guerre... Quoi de plus révélateur de l'humanité ? J'ai regardé ce soir un documentaire sur la Wehrmahrt et l'un des anciens rescapés de la bataille de Stalingrad a dit quelque chose de très banal et de très profond à la fois : il a fait remarquer que ce n'est qu'après s'en être sorti, au contraire de dizaines de milliers de ses camarades, qu'il n'a plus jamais prononcé le mot "destin" comme avant.
On réalise quand on pense à ces moments-là, comme quand on se plonge dans le récit du feu de la bataille, que l'on ne comprend jamais rien à cette question ; à laquelle nous revenons pourtant tout le temps et qui est en fait celle du sens de notre existence. Que l'on ne peut rien y comprendre. C'est pourquoi on l'appelle le destin. Encore le choc du général et du particulier. Qu' y a t-il de plus déroutant et de plus naturel à la fois dans l'existence humaine que ce choc ? Ce qui pour le décideur, politique ou non, est stratégie, statistiques, affaire de choix, doctrine, caprice, prudence, vengeance, est pour l'individu de chair et de sang confrontation avec son "destin" : avoir mal au ventre et se vider de ses entrailles, hurler de douleur, crever de froid ou de fièvre, devenir fou du bruit d'enfer des véhicules qui passent au ras de son lit, cracher du sang de ses poumons pollués et malades, arracher sa main qui ne tient plus que par des fils, avoir peur, emmener ses hommes, et penser au corps de son amour, à sa chaleur et à son parfum.
Non, aujourd'hui, ce n'était pas ton heure, soldat ; tu chantes et elle chante ta vie et son amour. Et grâce à toi mais aussi à celui qui est mort à côté de toi, nous pouvons encore être nous-mêmes. Mais toi, que seras-tu ?
Pourquoi faisons-nous ce que nous faisons ?
Un ami m'a répété hier ce que lui avait dit un jour quelqu'un : dans l'échec, ce qui est important c'est le mode d'emploi. Je n'ai pas compris au début ce que voulait dire cette phrase, et il me l'a expliquée. Le mode d'emploi est la manière dont certains d'entre nous organisent consciencieusement leur échec, que cela soit en matière de relations amoureuses, sociales, de gestion de leur vie ou de leur bonheur... Et nous le faisons toujours de la même manière, forts de cette expérience que nous ne comprenons absolument pas, mais qui nous amène toujours à la même situation : l'échec. Car nous croyons toujours que c'est la seule solution, puisqu'elle "marche" toujours... C'est la seule que nous connaissons et que nous soyons capables d'envisager. Cette phrase est d'une profondeur incroyable. On pourrait en parler pendant des heures sans épuiser le sujet. Un bon exercice pour essayer de prendre du recul par rapport à soi-même : quel est mon mode d'emploi ?!...
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