mardi 27 janvier 2009

Survivre

Avant-hier je me suis trompée de route pour rentrer chez moi. Cela s'est avéré une chance, comme un signe : je suis arrivée à Golfech, que je n'avais jamais vu de près, ni de jour ni de nuit. C'est, lorsque l'on arrive par la route qui vient d'Agen, un paysage fantastique, au sens littéraire du mot. On débouche, au détour d'une route isolée, sur ces immenses cafetières fumantes, géantes, tout est silencieux, et les lumières, qui sont là pour vous rassurer, vous angoissent. Trop de lumière, comme dans un roman de Wells ou de Barjavel. J'y suis parvenue sous un ciel orageux, noir et orangé, plein de menaces, et j'avais le sentiment de cheminer dans un tableau, dans un film sans personnages et sans réalité, seule comme le cosmonaute qui arrive sur une planète inconnue et hostile, qui lui impose le silence par la majesté écrasante de son existence cosmique, solitaire, et inhumaine.
Quel étrange moment ! Il n'avait rien de politique, ni de psychologique, rien de social, tous niveaux d'analyse que j'ai l'habitude d'utiliser pour essayer de rendre compte de ce que je vis. Non, c'était un sentiment mélangé de métaphysique et de littérature, un long frissonnement à la fois d'inquiétude et d'esthétique.
C'est je crois en partie pourquoi j'ai réfréné mon impulsion, à trois reprises ensuite, de me jeter en voiture à pleine puissance, sur la barrière de sécurité de l'autoroute. Voir Golfech et mourir, non, cela ne sonne pas bien en littérature ni sur une épitaphe. Et moi, je suis une littéraire.

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