samedi 31 janvier 2009

Les mondes de la musique

Ce soir je suis allée à un concert de musique iranienne. C'était très beau, mais pour la première fois je suis arrivée à analyser l'un des caractères essentiels de cette musique, comme de la musique orientale en général, celle que j'ai entendue du moins : il s'agit d'une musique profondément terrestre, absolument "naturelle", et elle s'oppose en ce sens à mon avis à la musique occidentale qui m'a toujours semblé chanter la nostalgie de l'Etre, certains diraient du Divin. Que l'on écoute Bach, Mozart, Beethoven, Haydn, Vivaldi, Chopin, Rachmaninov... l'émoi ressenti est de l'ordre de la métaphysique.
Il y a là ce que certains peuvent ressentir comme un paradoxe, étant donné l'évolution de nos deux "civilisations" et leurs caractéristiques aujourd'hui revendiquées.
Mais ce n'est je crois qu'un paradoxe apparent et en tous cas conjoncturel.

La musique ancienne que j'ai entendu ce soir chantait le souffle du vent, le bruit de l'eau qui coule, l'oiseau qui chante le soir ou roucoule le matin, l'amour et le désir de l'homme pour sa bien aimée, l'épanouissement des fleurs et des plantes parfumées... mais aussi la fatigue et la vieillesse des os, le soleil qui tape dans le désert, le sable qui coule entre les doigts...
Cet éternel recommencement est le contraire de l'angoisse de la mort qui nous étreint, nous occidentaux, lorsque nous écoutons notre musique.
Et pourtant il y a Bach qui a poussé jusqu'à son extrême cette mathématique qu'est la musique. Mais il l'a mêlée si merveilleusement avec la nostalgie de l'Etre qui fait le génie de l'art de l'harmonie qu'il nous fait approcher peut-être encore plus que d'autres ce sentiment métaphysique.

Oui, nous pouvons nous écouter et nous apprécier, nous admirer, mais pouvons nous nous comprendre ?

mardi 27 janvier 2009

Survivre

Avant-hier je me suis trompée de route pour rentrer chez moi. Cela s'est avéré une chance, comme un signe : je suis arrivée à Golfech, que je n'avais jamais vu de près, ni de jour ni de nuit. C'est, lorsque l'on arrive par la route qui vient d'Agen, un paysage fantastique, au sens littéraire du mot. On débouche, au détour d'une route isolée, sur ces immenses cafetières fumantes, géantes, tout est silencieux, et les lumières, qui sont là pour vous rassurer, vous angoissent. Trop de lumière, comme dans un roman de Wells ou de Barjavel. J'y suis parvenue sous un ciel orageux, noir et orangé, plein de menaces, et j'avais le sentiment de cheminer dans un tableau, dans un film sans personnages et sans réalité, seule comme le cosmonaute qui arrive sur une planète inconnue et hostile, qui lui impose le silence par la majesté écrasante de son existence cosmique, solitaire, et inhumaine.
Quel étrange moment ! Il n'avait rien de politique, ni de psychologique, rien de social, tous niveaux d'analyse que j'ai l'habitude d'utiliser pour essayer de rendre compte de ce que je vis. Non, c'était un sentiment mélangé de métaphysique et de littérature, un long frissonnement à la fois d'inquiétude et d'esthétique.
C'est je crois en partie pourquoi j'ai réfréné mon impulsion, à trois reprises ensuite, de me jeter en voiture à pleine puissance, sur la barrière de sécurité de l'autoroute. Voir Golfech et mourir, non, cela ne sonne pas bien en littérature ni sur une épitaphe. Et moi, je suis une littéraire.

mercredi 7 janvier 2009

Le Destin
Un "bon" jour, ici. Neigeux, donc calme, une sorte d'atonie, seulement troublée par les nouvelles du dehors qui arrivent par dedans, le ventre de l'ordinateur, notre interlocuteur journalier et incontournable. Encore les contraires, les mondes parallèles ; ici il neige et il fait calme, les lumières de Noël clignotent encore, ailleurs la guerre fait rage et des hommes se battent pour leur pays, leur existence, et la nôtre aussi.
Quelle chose fascinante que la guerre... Quoi de plus révélateur de l'humanité ? J'ai regardé ce soir un documentaire sur la Wehrmahrt et l'un des anciens rescapés de la bataille de Stalingrad a dit quelque chose de très banal et de très profond à la fois : il a fait remarquer que ce n'est qu'après s'en être sorti, au contraire de dizaines de milliers de ses camarades, qu'il n'a plus jamais prononcé le mot "destin" comme avant.
On réalise quand on pense à ces moments-là, comme quand on se plonge dans le récit du feu de la bataille, que l'on ne comprend jamais rien à cette question ; à laquelle nous revenons pourtant tout le temps et qui est en fait celle du sens de notre existence. Que l'on ne peut rien y comprendre. C'est pourquoi on l'appelle le destin. Encore le choc du général et du particulier. Qu' y a t-il de plus déroutant et de plus naturel à la fois dans l'existence humaine que ce choc ? Ce qui pour le décideur, politique ou non, est stratégie, statistiques, affaire de choix, doctrine, caprice, prudence, vengeance, est pour l'individu de chair et de sang confrontation avec son "destin" : avoir mal au ventre et se vider de ses entrailles, hurler de douleur, crever de froid ou de fièvre, devenir fou du bruit d'enfer des véhicules qui passent au ras de son lit, cracher du sang de ses poumons pollués et malades, arracher sa main qui ne tient plus que par des fils, avoir peur, emmener ses hommes, et penser au corps de son amour, à sa chaleur et à son parfum.
Non, aujourd'hui, ce n'était pas ton heure, soldat ; tu chantes et elle chante ta vie et son amour. Et grâce à toi mais aussi à celui qui est mort à côté de toi, nous pouvons encore être nous-mêmes. Mais toi, que seras-tu ?

Pourquoi faisons-nous ce que nous faisons ?
Un ami m'a répété hier ce que lui avait dit un jour quelqu'un : dans l'échec, ce qui est important c'est le mode d'emploi. Je n'ai pas compris au début ce que voulait dire cette phrase, et il me l'a expliquée. Le mode d'emploi est la manière dont certains d'entre nous organisent consciencieusement leur échec, que cela soit en matière de relations amoureuses, sociales, de gestion de leur vie ou de leur bonheur... Et nous le faisons toujours de la même manière, forts de cette expérience que nous ne comprenons absolument pas, mais qui nous amène toujours à la même situation : l'échec. Car nous croyons toujours que c'est la seule solution, puisqu'elle "marche" toujours... C'est la seule que nous connaissons et que nous soyons capables d'envisager. Cette phrase est d'une profondeur incroyable. On pourrait en parler pendant des heures sans épuiser le sujet. Un bon exercice pour essayer de prendre du recul par rapport à soi-même : quel est mon mode d'emploi ?!...