mercredi 19 août 2009

Quand le mauve se plisse (extrait)

Etouffé par le coeur
Environné de toi
Et l'amoncellement
De tes raisons

La terre se dilue
L'illusoire la boucle
Les visages sont clos

A l'endroit où la pluie
T'irisait le visage
L'aigu s'est abattu

Aller te secourir
Jaillit de mes raisons

Jean-Louis Depierris
Extrait de Quand le mauve se plisse, 1969

Après tant de fureur


Après tant de fureur
Je consacre ton nom

Quand je viens de la nuit
Pour renouer l'histoire
Et briser mes ravages
Aux lettres de ton nom

Quand je sauve le feu
Pour enfanter l'orage
Où fulmine ton nom

Quand m'est rendu le sol
Pour m'arracher au vent
Quand les eaux
Noircissent le silence
Des âmes laissées veuves
Aux ruines des paroles


Arrive enfin
Fracassant les forêts
Enfièvre de ton sang
Les flancs de la folie
La neige se souvient
Du regard de ma nuit

L'imprévu de ton nom
Enténèbre le fer

Tu portes une fourrure
Pour engloutir le vent

Quand je chassais la meute
Tu triomphais du nombre

L'hiver est ta dépouille
J'y flambe mes sarcasmes

Quand la nuit t'a forcée
J'ai ancré mon errance

Au spasme de ton nom.


Jean-Louis Depierris

Après tant de fureur, 1975

Le Poète

Je publie trois textes de mon poète préféré, Jean-Louis Depierris.
Pour moi c'est "le" poète. Je l'aimais tant, et il nous a quittés.
On ne trouve plus ses livres, et c'est très grand dommage.


Il fallait que tu sois

Le pays le plus beau
L'élancement du jour
M'arrachent à la mort

Il fallait que tu sois
O plus belle et charnelle
Qu'une eau saoûle de mort

Il fallait que tu sois
Car pavoisé de froid
Calciné de rocaille
Et m'abîmant du flanc
Je criais l'ombre nue
Où s'acharne le vent

Il fallait que tu sois
Car désormais mon sang
Paysage rocheux
A dévasté la mort

Et je nomme vendange
La table du désert
Et je te couche Belle
Sur cette aridité
Et Belle je t'enserre
Dans ma terre d'amour

Jean-Louis Depierris

Extrait de Naufragé du Bestiaire, 1957









Perte de contact

Quelqu'un qui m'est cher et très proche est en train de perdre le sens de la réalité. Du moins j'en ai l'impression. Et cela me fait de la peine, beaucoup de peine. Je ne parle pas de sénilité. Non, je parle d'un homme qui conserve toutes ses "facultés", comme il est admis de dire, mais qui en même temps vit dans un univers qui n'est plus le vôtre.
C'est absolument terrible d'être le témoin impuissant de ce que je considère comme une véritable descente aux enfers, sous la forme d'un enfermement croissant en soi-même et en ses certitudes, violemment et autoritairement réitérées chaque fois que cela est possible et à tout propos. J'ai en même temps maintenant une sorte de conscience que cette descente aux enfers a commencé depuis longtemps, très longtemps. A tel point que je me demande parfois si elle n'était pas inscrite en lui. Depuis le "début". Est-ce là donc un effet de caractère ?
En même temps, comment accepter un tel déterminisme, quand on le voit relié aussi aux cassures, déchirements, ravalements entraînés par des évènements extérieurs majeurs, forcément traumatisants, qui dépassent largement l'individu ? On ne peut alors s'empêcher de se dire que les choses auraient pu être différentes.
Mais le résultat est le même. La personne que vous connaissez depuis si longtemps n'est plus "la même" ; c'est curieux, on en prend conscience tout d'un coup, brutalement, en même temps que l'on se rend a posteriori compte qu'il s'agit en fait d'un long processus, pas d'un brusque changement. Je trouve ce paradoxe très dur à vivre, presque insupportable, cela m'attriste à un point incommensurable.
Et que faire ? Que faire face à celui qui tout d'un coup peut se révéler une sorte d'inconnu, quelqu'un à qui vous n'avez plus vraiment "accès", avec qui vous ne pouvez plus échanger, partager, rien, c'est loin, c'est très loin tout cela ; en a t-il encore le souvenir ?
Quel désespoir.

samedi 15 août 2009

Jeanne de retour

J'ai vu et revu "The Reader" au cinéma. Ce film m'a bouleversée, comme je ne cesse de le clamer à qui veut l'entendre... Quelle force.
C'est un film qui force à la méditation, une longue, incessante méditation. Car c'est une méditation fondamentale, humaine au sens le plus banal du terme philosophique, celle du sens. Qu'est-ce qui fait le sens d'une vie ? Qu'est-ce qui fait le sens de toutes les vies ?
Y a t-il un sens ? Peut-on apprendre des autres, de l'histoire, de l'expérience ?
Peut-on apprendre de sa propre expérience ? Et cela sert-il à quelque chose ?
Ce film est pessimiste. Qu'est-ce que la vie ? Un immense fleuve qui charrie tant de puanteurs et tant de parfums à la fois...
Le film aborde sans concessions et en même temps sans lourdeurs le sentiment amoureux dans cette course ou cette marche vers la mort, que nous faisons tous, bon gré mal gré, à notre manière ou à celle des autres... L'amour rédempteur, l'amour joyeux et porteur de vie, mais aussi l'amour destructeur et mortifère.
C'est tragique, c'est absurde, c'est beau, c'est pitoyable, comme la vie, comme nous...
J'aimerais bien avoir le sentiment de ceux qui ont vu ce film.