Le Destin
Un "bon" jour, ici. Neigeux, donc calme, une sorte d'atonie, seulement troublée par les nouvelles du dehors qui arrivent par dedans, le ventre de l'ordinateur, notre interlocuteur journalier et incontournable. Encore les contraires, les mondes parallèles ; ici il neige et il fait calme, les lumières de Noël clignotent encore, ailleurs la guerre fait rage et des hommes se battent pour leur pays, leur existence, et la nôtre aussi.
Quelle chose fascinante que la guerre... Quoi de plus révélateur de l'humanité ? J'ai regardé ce soir un documentaire sur la Wehrmahrt et l'un des anciens rescapés de la bataille de Stalingrad a dit quelque chose de très banal et de très profond à la fois : il a fait remarquer que ce n'est qu'après s'en être sorti, au contraire de dizaines de milliers de ses camarades, qu'il n'a plus jamais prononcé le mot "destin" comme avant.
On réalise quand on pense à ces moments-là, comme quand on se plonge dans le récit du feu de la bataille, que l'on ne comprend jamais rien à cette question ; à laquelle nous revenons pourtant tout le temps et qui est en fait celle du sens de notre existence. Que l'on ne peut rien y comprendre. C'est pourquoi on l'appelle le destin. Encore le choc du général et du particulier. Qu' y a t-il de plus déroutant et de plus naturel à la fois dans l'existence humaine que ce choc ? Ce qui pour le décideur, politique ou non, est stratégie, statistiques, affaire de choix, doctrine, caprice, prudence, vengeance, est pour l'individu de chair et de sang confrontation avec son "destin" : avoir mal au ventre et se vider de ses entrailles, hurler de douleur, crever de froid ou de fièvre, devenir fou du bruit d'enfer des véhicules qui passent au ras de son lit, cracher du sang de ses poumons pollués et malades, arracher sa main qui ne tient plus que par des fils, avoir peur, emmener ses hommes, et penser au corps de son amour, à sa chaleur et à son parfum.
Non, aujourd'hui, ce n'était pas ton heure, soldat ; tu chantes et elle chante ta vie et son amour. Et grâce à toi mais aussi à celui qui est mort à côté de toi, nous pouvons encore être nous-mêmes. Mais toi, que seras-tu ?
Pourquoi faisons-nous ce que nous faisons ?
Un ami m'a répété hier ce que lui avait dit un jour quelqu'un : dans l'échec, ce qui est important c'est le mode d'emploi. Je n'ai pas compris au début ce que voulait dire cette phrase, et il me l'a expliquée. Le mode d'emploi est la manière dont certains d'entre nous organisent consciencieusement leur échec, que cela soit en matière de relations amoureuses, sociales, de gestion de leur vie ou de leur bonheur... Et nous le faisons toujours de la même manière, forts de cette expérience que nous ne comprenons absolument pas, mais qui nous amène toujours à la même situation : l'échec. Car nous croyons toujours que c'est la seule solution, puisqu'elle "marche" toujours... C'est la seule que nous connaissons et que nous soyons capables d'envisager. Cette phrase est d'une profondeur incroyable. On pourrait en parler pendant des heures sans épuiser le sujet. Un bon exercice pour essayer de prendre du recul par rapport à soi-même : quel est mon mode d'emploi ?!...
2 commentaires:
Bonjour,
Mode d'emploi...Répétitions ? Schèmas erronnés ? Mécanismes de défense ? Les trois ?
Cordialement
Castor
Bonjour Castor. Je suis contente que vous ayiez fait un commentaire sur cette question du mode d'emploi. J'ai lu votre réflexion sur l'absence. Cela me donne une impression de vertige. Je ne sais pas bien sûr de quelle absence vous parlez, mais certaines de vos impressions, de vos descriptions, s'appliquent à celle que je vis. L'absence soudaine et voulue d'un être dont la caractéristique était justement de s'affirmer comme toujours et éternellement présent.
Vous proposez répétitions, schémas erronés, mécanismes de défense, les trois ? Oui, serais-je tentée de dire. Mais chacun ayant son mode d'emploi je ne sais pas vraiment. J'y pense souvent, et hier encore, après avoir craqué et m'être à nouveau fourvoyée j'ai entrevu ou cru entrevoir que je pouvais avoir un autre mode d'emploi. Sommes-nous tous capables de comprendre notre mode d'emploi et de le changer ? Est-il toujours erroné ? Qu'en pensez-vous ?
Jeanne
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